Morceaux choisis


30 May
30May

Extrait n°1

Les palentirs


« Ils avaient mangé et ils contemplaient le palentir qui reflétait la danse des flammes dans son cristal. Mylésius était concentré, les yeux mi-clos, les mains placées autour de l'orbe, déplaçant ses doigts autour de sa surface, comme s'il cherchait à en extraire les secrets par de savantes caresses. Mais rien ne se passait. Au bout d'une heure à attendre que l'orbe daigne révéler ses secrets, Roifar, qui commençait à perdre patience, brisa le silence. Ses paupières devenaient lourdes et s'il n'engageait pas la conversation, il redoutait de s'endormir. Or, il ne voulait rater pour rien au monde, les révélations du palentir.

« - Maître ? »

Mylésius répondit d'un grognement, sans détourner le regard. Roifar avait conscience de le déranger mais il poursuivit néanmoins. « Vous avez dit cet après-midi que le palentir pouvait être utilisé dans tous les lieux imprégnés de magie. » Le vieux magicien approuva d'un nouveau grognement. « Pourquoi ne pas l'avoir utilisé directement chez cette affreuse naine ? »

Mylésius soupira et reposa la boule de cristal près du feu. De toutes façons, il n'arrivait à rien, le moment n'était pas encore venu.

« - Comme tu peux le constater, fils, les palentirs sont capricieux. Ils sont à l'image de leurs créateurs, difficiles à interpréter. Ils se dévoilent avec parcimonie et ne font jamais deux fois les mêmes prédictions. La naine avait intercepté un message du palentir qui ne lui était pas destiné, il aurait été vain et dangereux de consulter l'orbe sous son toit. »

Roifar releva l'allusion de son maître sur les créateurs de palentirs.

« - L'on dit des palentirs que ce sont les objets magiques les plus puissants, souhaitez-vous m'en dire d'avantage sur ces reliques, et leurs créateurs ? »

Mylésius se gratta le menton, jouant de longs instants avec les poils de sa barbe. Roifar, qui le connaissait bien, savait que ce geste était le prélude à de longues explications.

« - Les palentirs ne sont peut-être pas les plus puissants des objets magiques, mais ce sont les seuls à ma connaissance qui délivrent des images du destin des hommes… Que ce soit leur passé ou leur futur ! »

Roifar était pressé de voir lui aussi des bribes de passé ou d'avenir dans la boule de cristal. Mais pour l'instant, hormis le reflets des flammes, le palentir ne révélait rien.

« - Vous en avez déjà consulté bien sûr ? » demanda le jeune homme, dont la curiosité était loin d'être satisfaite.

« - Il y a dix ans, ce même palentir m'a révélé ton existence. C'est lui qui m'a guidé vers toi, c'est lui qui m'a indiqué la tour où je te trouverai. Alors, oui, j'ai déjà pu vérifier le pouvoir des palentirs. Toutes les informations te concernant se sont avérées exactes ! »

La curiosité de Roifar s'en trouva décuplée. Imaginer qu'il avait pu apparaître à son maître par le biais d'une boule de cristal, était purement incroyable. »



Image de Boris Vallejo

Extrait n°2

Les centaures


" Les vastes plaines de l'ouest qui s'étendaient à perte de vue ravirent les sens de la créature. L'air y était plus pur qu'ailleurs, le vent y charriait les senteurs de plantes et de fleurs. Les couleurs, du jaune au vert, en passant par l'orange et le rouge, offraient des contrastes merveilleux avec le bleu azur du ciel. La saveur des plantes, enfin, y était plus parfumée que n'importe où ailleurs dans le Royaume. Ces terres majestueuses seraient bientôt siennes. La créature scruta l'horizon et au-delà des collines et des vallons, repéra un nuage de poussière. Ses oreilles, constamment en mouvement, palpitaient au gré des vents et des sons perçus. Il percevait à plus d'une lieue, le bruit des sabots qui martelaient le sol, le cliquetis des armes et des armures, le vent qui bruissait dans les gonfalons et les bannières. Il estima le nombre de soldats à une vingtaine.

Ses narines frémirent d'excitation à la perspective de la bataille et du sang. Il plissa des yeux afin de distinguer les races qu'il s'apprêtait à chasser. Des hommes d'Eléotek probablement… Il avait un visage émacié sur une peau ocre brunie par le soleil, un nez large et écrasé, et un regard perçant et sombre. Les glyphes blanches du clan des dayguéros étaient peintes sur ses joues et son front. Ses cheveux, d'un noir de jais, incroyablement soyeux, tirés en arrière, retombaient jusqu'au creux de ses reins pour former une crinière. Son torse, nu, dépourvu de toute pilosité, était lui aussi couvert de glyphes blanches. Sa musculature était impressionnante, depuis ses abdominaux saillants jusqu'à ses épaules, larges, ou ses bras, dont les biceps semblaient toujours tendus. Tout son être trahissait une force brute et animale. Le corps de cheval qui lui tenait lieu de membres inférieurs renforçait cette impression de sauvagerie virile et bestiale. Son crin uniformément brun se mariait parfaitement avec sa couleur de peau, si bien que la transition entre l'humanoïde et la bête était subtile, troublante, presque élégante.

Nur Dulath était son nom, et c'était un centaure. "

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